02/14/17

Chacun pour soi

« In like Flynn, » dit le proverbe irlandais, en d’autres termes: c’est passé comme une lettre à la Poste. Eh bien, pas cette fois-ci. Flynn est dehors comme un chien. Et à juste titre. Il avait tellement envie d’apporter de bonnes nouvelles à ses amis du Kremlin qu’il ne pouvait pas attendre le 20 janvier pour leur promettre la fin des sanctions. Las, ce genre d’intelligence avec l’étranger laisse des traces fâcheuses pour un futur directeur de la sécurité nationale.

Qu’il ait menti ensuite ne veut probablement rien dire; comment, dans une Maison Blanche remplie de mensonges, un menteur de plus serait-il impardonnable? C’est que la ficelle était pour une fois vraiment trop grosse. Peut-être y a-t-il plus dans cette histoire qu’un simple manque de confiance. J’y vois la confirmation d’une petite théorie qui me trotte dans la tête depuis des mois sur l’équipe Tr*mp.

C’est que ce businessman qui se vante d’être aux commandes, qui demande l’obéissance totale chez ses subordonnés, s’est entouré de gens qui ne rêvent que de faire passer leur coup d’état en douce, à la faveur de l’incurie du président touiteur. Flynn mettrait bien volontiers les organismes de sécurité à la disposition des Russes. Pour Bannon, c’est le KKK. Pour Tillerson, c’est Exxon. Pour Tr*mp, à la fin, c’est la marque Tr*mp. Chacun son petit coup d’état.

« Pour qui travaillez-vous? » Voilà la question qui devrait obséder le peuple américain. Ça peut commencer par Flynn. Espérons que ça continue.

02/11/17

Correspondence

A relative sent me a sheaf of family correspondence from the early 1930s. Imagine getting a seven-page epistle beginning as follows: it’s not the same sensation, is it, as receiving an email beginning “Hey.”

I am put in mind of Ignatius O’Reilly. Readers, please revolutionize your practice henceforth.

02/8/17

L’âme soeur

Depuis quelques jours nous avons un site correspondant (pas tout à fait un site miroir– plutôt “un autre soi-même,” pour citer Aristote) hébergé par Lemonde.fr. Il sera réservé aux commentaires en langues étrangères, que vous trouverez également ici. Bienvenue sur les deux.

02/4/17

Judith Gautier, Victor Segalen, translation and printing technology

While looking for something else (as it usually happens), I ran across these notes for a talk I gave a few years ago about Judith Gautier’s pioneering translations from the Chinese. I never had the time to write them out in full, but somebody may be interested to see the train of thought. A shout-out to Steve Yao for the invitation, and to C. Bush and T. Billings, who made the day memorable as fellow panelists.

“Not Illustration: The Book as Object from Baudelaire to Pound, Via the East”

Hamilton College, April 12, 2012

 

[everybody is paying attention to circulation of literature, as a form of “world literature”; history of reproduction techniques is also part of this; but gets less attention. It would be reductivist to overrate, but naïve to underrate, the importance of printing in making possible communication of literary ideas between China and Europe. Here I focus on a few examples of an early stage of that communication in which the reproductive technologies are (with or without the authors’ consent) thematized.]

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02/2/17

Même Pas le début d’un débat

Chers amis de Berkeley, si vous êtes d’accord pour dire que le “Muslim ban” fait le lit de Daesh en formalisant une gué-guerre entre les États-Unis et l’islam, pourquoi avez-vous choisi d’exclure de votre campus un petit néo-facho du nom de Milou Ygrec? Cela fait aussi bien le lit de Fox News et du dictateur-en-herbe, qui aiment tant à se poser en victimes et qui auront maintenant le prétexte de vous peindre en ennemis du droit à l’expression, vous le savez?

Vous vous êtes peut-être dit qu’il ne fallait pas donner une plate-forme à ce personnage de la droite raciste. Eh bien, voilà qu’en résiliant l’invitation à son égard, vous l’avez comblé de publicité gratuite. Ces gens-là ne demandaient pas mieux.

Il aurait été plus astucieux de le laisser venir, puis de le descendre (intellectuellement, dis-je, non physiquement) par quelqu’un de sensé. Imposer comme condition préalable qu’il soit confronté à une opinion contraire, l’obliger à répondre aux questions du public. (Et lui faire payer les dépenses de la sécurité, car une bonne et grande manifestation pour protester aurait été de mise.) Je ne crois pas qu’il s’en serait tiré facilement, car vous êtes des penseurs, n’est-ce pas, vous avez sous la main les faits et les chiffres pour démontrer que l’idéologie de la droite facho repose sur des balivernes, ou je me trompe? L’université est faite pour ça. Si Ygrec pensait faire un meeting de campagne, vous n’aviez qu’à lui montrer que la parole à l’université est toujours soumise à la réponse et à la vérification. Lui interdire la parole, c’est une manière de dire que vous avez peur de lui, et ça, je ne veux pas le croire.

Et pensons stratégie. Taper sur Berkeley est terriblement populaire dans ce pays. C’est ainsi que Reagan a gagné sa réputation nationale en 1968. En promouvant l’auto-victimisation d’un réac à la petite semaine, vous avec peut-être gagné une de ces batailles qui font perdre les guerres– ou qui, au moins, vous enlisent dans une lutte prolongée qui n’était pas nécessaire sur le “politiquement correct,” écran de fumée qui profite exclusivement aux fascistes.

Une lutte sur les faits, d’accord. Une lutte sur l’opportunité de confronter les faits et les mensonges, non. Il est toujours opportun de tenir ce débat.

*

(Bien sûr, il y a une ligne à ne pas laisser franchir. L’incitation à la violence ne doit pas être, à mon sens, permise, car elle s’érige contre le droit de parole des autres. Il faudrait prévenir tout conférencier qu’au moment de proférer des paroles qui ne respectent pas les droits fondamentaux des autres, son micro sera coupé et l’événement sera terminé. Mais prétendre que tel personnage, en considération de ses opinions, incarne un danger aux autres et que sa parole est d’elle-même la violence en acte, cela revient, je crois, à donner trop d’importance, trop de pouvoir, à ces dictateurs de carton, et c’est encore réaliser leurs ambitions. N’alimentons pas les trolls!)

02/2/17

Jeu de Rawls

Que les gens très riches devraient se tenir à distance de la politique, c’est une idée répandue. Mais les raisons mises en avant me paraissent incomplètes. On craint que les riches instaurent une politique qui ne profite qu’aux riches, agissant en somme comme les représentants organiques de leur classe. Ou bien on craint qu’ils sapent la démocratie en achetant les votes, ce que ne pourraient pas faire des candidats moins aisés. Nous avons eu l’occasion ces derniers jours de remarquer une troisième raison de méfiance.

Les gens qui sont absurdement riches et qui l’ont toujours été n’ont pas eu les mêmes chances que d’autres à apprendre les arts de la coopération, de la conciliation, du compromis. Ils ont l’habitude de s’imposer par la force ou par la menace. Rien ne leur est plus étranger que le principe exprimé par John Rawls dans A Theory of Justice, que l’égalité des personnes exige du pouvoir public les mesures qui donneront les moins mauvaises conditions à la personne la moins bien située, plutôt que celles qui donnent les meilleures conditions à la personne la mieux située.

J’appartiens à la classe des gens plutôt bien situées. J’ai bénéficié de conditions extrêmement bonnes. Je n’ai jamais été face au mur de la faim, de l’isolation, de la pauvreté; j’ai toujours disposé de ressources. J’ai pu m’éduquer, choisir de m’affronter à certains défis, voyager, trouver un emploi qui correspondait à mes capacités, m’entourer d’amis qui m’apprennent beaucoup. Et je trouve raisonnable que je doive rendre à la collectivité une partie des biens qui me reviennent en conséquence de cette situation fortunée, et que d’autres personnes chanceuses fassent de même. Combien faut-il être fortuné pour ne pas comprendre cette simple règle du jeu, et pour vouloir garder tous les avantages pour soi?

C’est une incapacité psychologique qui devrait disqualifier quiconque de la fonction publique. Les gens qui souffrent de ce genre d’aveuglement ne se reconnaissent pas comme citoyens. Ne les reconnaissons pas non plus, pour la symétrie.

 

01/30/17

Tolérer, et non seulement

Les Saussy d’Amérique descendent d’une poignée de réfugiés. J’en suis fier. Et je reconnais que l’histoire est toujours plus compliquée qu’un dessin animé où les bons et les méchants sont faciles à reconnaître. Quelques réfugiés, parmi les millions de malheureux sur la planète, ont bénéficié d’un calcul, à la fois intéressé et généreux, de la part du gouvernement anglais du dix-huitième siècle qui leur a donné l’asile. John Locke a fourni les arguments de principe qui étayaient l’engagement diplomatique. Un livre récent de Teresa M. Bejan reconstitue la situation de fait autour de la Lettre sur la tolération de 1685 et en examine les conséquences pour nous. La séparation de l’église et de l’état fondait pour Locke la doctrine des droits de l’homme:

As Bejan notes, in the Letter Concerning Toleration (1685), Locke advocated a conceptual separation of church and state. The civil magistrate’s only duty, he asserted, was to “secure unto all the people in general, and to every one of his subjects in particular, the just possession of these things belonging to this life.” He concluded, “nobody therefore, in fine, neither single persons, nor Churches, nay, nor even commonwealths, have any just title to invade the civil rights and worldly goods of each other, upon pretence of religion.”… For Locke and other tolerationist authors, then, state persecution was not just a violation of individual rights, but also a decision to treat individuals in an inhumane, uncharitable, and harmful manner.

Le compte-rendu de Catherine Arnold vire sans prévenir de ce sommaire anodin vers le registre de l’accusation: “John Locke is the villain of Bejan’s story: She argues that Locke-inspired calls for disagreement based on mutual respect and affection restrict public debate by excluding those who do not embrace these values.” Un point, donc, où il subsiste un certain suspense qui ne sera résolu que par la lecture effective du livre. Mais à partir de ce qu’en dit Arnold, on peut prévoir quelques motifs derrière la mise en cause de Locke, “le méchant dans cette histoire.” Bejan préconise-t-elle une tolération sans limites, qui tolère aussi bien ceux avec qui nous avons un accord fondamental que ceux pour qui la tolération elle-même est une hérésie à détruire (problème à la fois logique et opérationnel)? Ou veut-elle partir de la proposition que l’interventionnisme est en soi un mal dont la motivation par “le sentiment d’humanité” serait à critiquer?

Depuis le jour où Bejan a renvoyé le bon à tirer, je soupçonne, la donne a quelque peu changé. Dans un monde où Obama ou Hilary seraient les décideurs, la constellation philosophique autour de l’humanitaire gravite autour du besoin de déterminer où, précisément, le mieux devient l’ennemi du bien. On aurait alors de bonnes raisons de discuter la question pour savoir si les bénéficiaires de notre politique d’inclusion sont suffisamment “divers” quant à nous pour que notre inclusion soit véritablement inclusive. Dans un monde où l’action diplomatique, militaire, et humanitaire américaine est décidée par une politique orientée sans ambages par la discrimination de race, de croyance, de nationalité et de revenu, la leçon de Locke est, hélas, de nouveau nécessaire.

01/28/17

Reminiscences of Famished Chickens on the Edge of a Machine

(by Zhao Yuanren/Yuen-ren Chao)

唧唧雞,雞唧唧。几鸡挤挤集矶脊。幾雞擠擠集磯脊。机极疾,鸡饥极,鸡冀己技击及鲫。機極疾,雞飢極,雞冀己技擊及鯽。机既济蓟畿,鸡计疾机激几鲫。機既濟薊畿,雞計疾機激幾鯽。机疾极,鲫极悸,急急挤集矶级际。機疾極,鯽極悸,急急擠集磯級際。继即鲫迹极寂寂,继即几鸡既饥,即唧唧。

01/26/17

La Recherche de la Vérité

Si l’on craignait, un temps, qu’il manquât à l’administration Tr*mp une politique de la vérité, ce vide est maintenant comblé. La vérité ne ressortit pas de l’examen des faits, de la confrontation des arguments, de l’accord rationnellement établi et sujet à révision. Elle est tout simplement ce qu’on réussit à extorquer d’une victime par la souffrance. Le consentement libre? Hypothèse inutile.

Pas besoin de dire que cette nouvelle ligne est digne de Goebbels.

On voit, par là, le lien profond qui unit les initiatives diverses de l’équipe Tr*mp en matière d’environnement, du commerce, des relations internationales, de l’éducation, de la communication, de politique intérieure, de violences sexuelles. C’est le projet de réduire les êtres humains (hormis quelques-uns) à la désespérance, et donc à la dépendance; de leur ôter la possibilité de résister à l’autorité; d’en faire de la chair à canons et de l’argile sous la main du tyran.

Cela fait également ressortir la parenté essentielle de certaines parties de l’ordre libéral-démocratique. La discussion ouverte, sans coercion, est ce qu’ont en commun l’universitaire et le citoyen lambda. Nous avons tous intérêt à maintenir l’espace de la contestation. C’est quand même mieux que les fers.

01/22/17

Maurice Blanchot Était à la Marche des Femmes

À un certain moment, face aux événements publics, nous savons que nous devons refuser. Le refus est absolu, catégorique. Il ne discute pas, ni ne fait entendre ses raisons. C’est en quoi il reste silencieux et solitaire, même lorsqu’il s’affirme, comme il le faut, au grand jour. Les hommes qui refusent et qui sont liés par la force du refus, savent qu’ils ne sont pas encore ensemble. Le temps de l’affirmation commune leur a précisément été enlevé. Ce qui leur reste, c’est l’irréductible refus, l’amitié de ce Non certain, inébranlable, rigoureux, qui les rend unis et solidaires.

Maurice Blanchot, “Le refus,” dans L’Amitié, pp. 130-131; merci à Michael Holland pour l’avoir cité dans un bel article, “Quand l’insoumission se déclare: Maurice Blanchot entre 1958 et 1968,” Communications 99 (2016).

01/21/17

Pas de pronostics. Examen de conscience et inventaire.

Je me suis décidé de m’en tenir aux langues étrangères pour tout commentaire sur les actualités américaines. D’abord parce que cela servira de filtre: les idiots qui ont choisi un minable dictateur à leur image, et qui s’évertuent à remplir de leurs déjections toute espace qui ne soit pas dédiée à l’admiration de leur idole, trouveront dans l’emploi d’une langue étrangère un blocus à leur (faible) curiosité. Ensuite parce que, par besoin de perspective, déjà je me parle à moi-même assez souvent dans une autre langue, retrouvant dans les réflexes et les associations verbales de ces langues une contre-partie à l’appauvrissement du discours anglophone et spécialement américain quand il s’agit de la chose publique. Et troisièmement parce que je veux témoigner, tant qu’il me reste des forces pour le faire, en faveur de l’idéal cosmopolite, de l’idée que l’on naît peut-être citoyen de tel ou tel pays, mais que sa véritable nationalité se trouve partout. “Nul n’est une île.” (J’allais oublier ma règle d’éviter l’anglais.) Par les temps qui courent, il faut rappeler de telles évidences.

Je suis, naturellement, très inquiet. Il a fallu quelques 70 ans pour que les fachos trouvent le code pour casser de l’intérieur le mécanisme démocratique (le vote, l’opinion publique, et tout ça). Il a fallu de gros moyens: du bourrage de crâne, l’invention de scandales et de crises non-existantes, le passage de lois permettant à quelques-uns d’être au-dessus des lois qui condamnent les autres, la manipulation savante d’une petite dissatisfaction pour en faire le levier d’un gros recalibration du pouvoir, et l’évacuation de l’espace public américain d’un discours si peu soit-il critique à l’égard du véritable pouvoir (le business). N’oublions pas, tant qu’on y est, les faiblesses constitutionnelles qui ont permis à un candidat qui a gagné moins de votes que l’autre de recevoir l’investiture. Et à la fin ça a marché.

Les enjeux, pourtant, sont grands. Je n’ai jamais pensé que les USA étaient justifiés dans tout ce qu’ils faisaient. Comme d’autres, j’ai manifesté, j’ai signé des pétitions, j’ai donné de l’argent pour exprimer mon opposition au génocide, à la guerre décidée au hasard, à l’usage des armes de destruction massive contre les populations, à la violence routinière des juntas et des caudillos chéris par Washington. Je n’ai pas applaudi les drones. J’ai toujours pensé que le droit international, au besoin la police internationale, étaient suffisants pour résoudre tant de différends que “l’unique superpuissance existante” préférait régler de façon unilatérale. À la place de Manning et de Snowden, je pense que j’aurais fait de même. J’ai donc protesté. J’ai été mauvais patriote. Il y allait de l’honneur de mon pays.

Toutes ces critiques (et j’en ai des centaines d’autres dans mon sac, mais je vous en fais grâce) sont en toutes dirigées sur une hypocrisie typiquement américaine: l’hypocrisie qui consiste à dire que nous soutenons le droit international, mais que nous n’y sommes pas soumis. Erreur. Mais l’erreur symétrique, qui consisterait à nier en principe le droit international, est pour moi l’horreur sans fond.

C’est ce qu’on voit se profiler derrière toutes les mesures préconisées par le nouvelles administration. On fera fi des lois existantes– de toute façon on trouvera un candidat à la Cour Suprême qui entérinera les entorses. Des traités internationaux, on s’en fout. Les alliances, pfft! L’honneur, c’est un truc verbal pour faire gagner du temps à un menteur obstiné.

Dans ce moment de crise, ceux qui vivent sous les structures créées à la fin de la deuxième guerre mondiale pour permettre d’éviter une nouvelle guerre vont devoir les refaire, peut-être sans les États-Unis. Ce ne sera pas facile. Mais imaginons-nous que l’OTAN n’existe plus. Que l’Union Européenne s’écroule. Que les Nations Unies soient rebattues comme un jeu de cartes. Que le commerce international faiblisse. Que la diplomatie tire sa révérence. Que tout se décide à coups de missiles et de tanks. Sans parler de l’effondrement de la calotte polaire. Tout le monde, même les heureux habitants (heureux par définition) de la Corée du Nord, bénéficie de ces institutions menacées, et de quelques institutions encore à naître, qui ont pour mission de préserver la paix du monde et d’enrayer les menées violentes de quelques-uns. L’abolition de ces institutions-là valait-elle vraiment la préservation d’avantages fiscaux dont bénéficient une ou deux centaines de milliers de personnes (ce qui était, j’en suis persuadé, la véritable raison de l’écartement d’un gauchiste de la primaire du parti démocrate et de l’élévation à la présidence d’un fraudeur narcissique)?

Certains qui aiment prendre le ton de la diseuse de bonne aventure proclament “le siècle américain” fini. À moi qui ne croyais déjà pas au siècle américain, ça ne me fait ni chaud ni froid. J’aimerais que le siècle des nationalismes fût clos. Nos problèmes dépassent le cadre de la nation, et la nation ne nous aidera pas à les résoudre, alors pourquoi rester dans ce cadre désuet? Eh bien, parce que ça donne un sentiment de certitude, ça évite de se poser trop de questions.

Posons-les.

11/24/16

Just Some Facts

Dr. Samuel Johnson to the podium! “Of the uncertainties of our present state, the most dreadful and alarming is the uncertain continuance of reason.” (Rasselas, the conclusion of the episode of the mad astronomer.)

I’m not concerned about going mad, which was a constant fear of Dr. Johnson’s. I’m worried about collective reason and the fragility of our ability to find out what is really going on in the world and to devise means of responding. For that’s what’s at stake with the whole “post-truth” thing and the attack on educated people and institutions as being an “élite” with self-serving aims. People without experience of advanced education don’t know how it works. They think it’s like sales talk: arm-waving, smoke and mirrors. Just, like, your opinion, man. Etc. And if those are the terms, who can blame them for being skeptical?

But those aren’t really the terms. Peer-reviewed scholarship is the best means we have of understanding history, biology, geology, physics, and culture. This is not to affirm that it is infallible; infallibility isn’t what it’s about. Rather, the institutions of scholarship devised since the Royal Society began meeting in the middle seventeenth century are designed to gainsay any claim to authority by Fearless Leaders or Thought Leaders of any kind. That’s what “nullius in verba,” the Society’s motto, means– “we don’t take anybody’s word for it.”

Reason is not maintained by isolated Cartesians sitting in heated rooms (or unheated attics for that matter). It requires publicly accessible institutions where the rule is that anyone is allowed to speak as long as the basis of speaking is facts and reason. That rule permits us to keep the best of what’s been discovered, as long as it hasn’t been rebutted, and to make room for innovations, however shocking.

Business, however, likes to secure monopolies, and tyrannies brook no rivals.

The fantasy of the power to create truth– you remember the bit in the interview a few years ago about that? “We’re an empire now, and when we act, we create our own reality. … We’re history’s actors…and you, all of you, will be left to just study what we do.” Those words seemed to me a damning enough condemnation of the fool who said them, but in many other minds, they represent a maximum desideratum. (Like the quip about pussy-grabbing.)

So I am not too happy about the bossy voluntarists and anti-science people who are propelling themselves into positions from which they can do damage to the American economy of knowledge creation. (The envy of the world, need I say? And suffering from the usual condition of the prophet in its own country.) Wile E. Coyote can tell you a few things about what it’s like to go post-truth. Unfortunately, the mistakes made by this gang of post-truthers are going to fall back on all of us. We need to resist them in whatever way we can.

So, before we all get hysterical about the future, a few facts.

  1. The majority of the country did not vote for Trump. So hold off on all those ethnographies of poor whites and the left-behinds of globalization. The breakdown is: about half of eligible voters didn’t bother to vote at all (so blame them if you want to blame somebody); under a quarter voted for Clinton; even fewer than that voted for Trump, but with razor-thin margins in a few strategic states that counted big in the Electoral College; and a small percentage for the third-party candidates. So talk of a “mandate” is definitely misplaced. (That will not moderate the behavior of the people who think they have the Electoral College majority, though– they are going all-out with their most extreme nutcase people and policies.)
  2. Those who did vote Trump were, in part, the meth-addicted denizens of food-stamp counties, but also religious fundamentalists, Gamergaters and wealthy people just looking for another tax cut. It’s a funny alliance of people with little in common but resentment and a desire for power. You won’t find much in the way of principles here. Therefore, don’t ascribe an ideology where none is proven– and above all, don’t suppose that it’s a coherent, overarching ideology.
  3. Certain institutions can serve as a brake on radical policy change. The Constitution exists for a reason (there are more amendments than the Second); the courts will have their word to say, whatever happens to the Supremes; even the markets are invested in the rule of law and the stability of contracts, and the class of people owning property is much larger than in your usual kleptocracy. Don’t assume that whatever comes out of the mouth of Trumputin is what is going to happen. And donate to the civil-society institutions that have been protecting the Bill of Rights since long before your time. They will put the money to good use.
  4. This sort of thing has happened before. Read the testimony. I was lucky to find Victor Klemperer’s Ich will Zeugnis ablegen bis zum letzten, two volumes, in the Seminary Coop the other day. A fellow academic, a philologist, chronicling the erosion of language and reality-testing over the twelve years of the third Reich. You can take heart from the survival of such a document. (Plus, it’s printed on paper, and when I open it, it doesn’t spy on me.)

There will be a price for protecting reason and equality. Know that. People from Eastern Europe have been through this before. Some gave up; some didn’t. Be as honorable as you can. Denounce the flux of false news and the sudden respectability of racism, scapegoating and paranoia. Find people who share your values and be ready to disregard some issues (no two people agree about everything) while joining with them to rebuild the conditions for a fact-based, democratic political order.

That’s all I have for the moment.

11/19/16

The Antidote

In Washington DC with my three small boys. Breakfast dispatched, and it’s off to Air & Space! Where else, you may ask. It was a sunny, mild day on the National Mall, a barker sold my six-year-old a baseball cap, and soon we were looking at rockets, spy planes, biplanes, jets and telescopes.

And any visit to a big science museum requires an Imax. The thing on offer was “Journey to Space.” The little guys were restless and the 3-D glasses kept falling off. I couldn’t tell you how long it lasted: it was like a trance. Long perspectives on mountains, coastlines, lit-up cities at night, from an aerial and then from a space perspective. Teams of engineers working together on making things go: folks who understand the concepts of truth, consistency, operability and experiment. Teams of astronauts floating around in space, running experiments, exercising, having a laugh. Handshakes and hugs between members of different national astronaut teams: in space, it doesn’t matter what country you’re from, human company is rare and precious. The weightlessness of the bodies and the omnidirectionality of the corridors inside the ISS (up and down are matters of convention) matched the mannerisms of the men and women sharing the craft: cheerful, competent, tolerant, non-hierarchical, task-focused people.

I’m one of those Americans whose belief in this country is aspirational: my patriotism connects with a set of ideals and not with “my country right or wrong.” Knowing how massively we have failed, over time, to honor high-sounding commitments, I can’t imagine living in a self-congratulatory narrative about “the greatest country on earth” that depends on obliterating memories of slavery, murder, genocide, fraud, and theft. Even the space program, I know, was cooked up out of military objectives and public relations. We need to know ugly history. The uglier, the better for our morals. But watching crews of science-minded people creating amazing adventures for our whole species, with indifference to the race, gender or income of the scientific talent brought to bear, allowed me to forget for a few minutes of blissful relief the ignorance, resentment, bigotry and sheer non-fact-based screaming that seem to have overtaken “the American way.”

A few hours later, it comes to me that a Miltonic Satan would look on that pragmatic, inquisitive, open-minded, multinational group in zero-gravity not with admiration but with envious resentment, and find satisfaction in the explosions that killed fourteen members of that “élite.”

11/17/16

Credunt quia absurdum

A sensible analysis of the disposing conditions to a certain voting pathology. Lofton gets to the point without invoking trailer parks, missing teeth or deer carcasses.

http://blogs.ssrc.org/tif/2016/11/07/trumping-reality/